Newsletter des Paulettos

La team Paulette s’etoffe à Izmir avec l’arrivée des Paulettos. Pour éprouver leur motivation, elles leur fixent une première mission: trouver un velo, alors que l’aïd débute. Après une journée à sillonner les rues désertes de Smyrne l’infidele – seule ville à ne pas avoir voté majoritairement pour Erdogan – ils abandonnent leur rêve de Turkish Bisiklet pour revenir aux methodes qui ont fait leurs preuves: le decathlon local, et reviennent avec Pégase et Tornado, deux magnifiques btwin de ville d’un blanc etincelant. La veillée d’arme peut commencer chez les pères dominicains, deux piemontais installés depuis plus de 30 ans sur place. En ces temps-là, le confort d’une douche et d’un lit n’etait pas encore reconnu a leur juste valeur…

Première étape : Izmir – Efes, 100 km
Le peloton gonflé à bloc s’élance tôt le matin. Après quelques echangeurs d’autoroute, nous rejoignons enfin les routes de campagne. La journée s’organisera selon un rituel qui sera dès lors immuable : « kick-off prayer » à 10h, « St Paul reading » à 15h, et quelques coups de pédales pour combler les temps morts. Pour les néophytes, la kick-off permet de lancer la journée en méditant un passage de St Paul, et en priant spécialement pour les intentions confiees par les detenues de la MAF. Le reading consiste en 20min de lecture des epitres de notre apotre star. Cette etape est l’occasion de balbutier nos premiers mots de turc avec 2 cyclotouristes du pays. Premier déjeuner et deja une première expérience de l’hospitalité turque : assis à l’ombre d’un verger, son propriétaire d’allure menaçante vient en fait nous offrir une dégustation de tous les fruits de son domaine, dont un qui marquera particulièrement notre épopée: un croisement citron-vert clémentine, savamment rebaptisé « clémentron ». Nous faisons egalement l’experience de notre premiėre crevaison, l’occasion de peaufiner nos techniques de rustinage.2 chambres à air plus tard, nous repartons. Après 85 kms sous une chaleur accablante, nous approchons enfin du but. Nous avons maintenant rendez-vous avec les soeurs du sanctuaire marial de meryemana – lieu où saint Jean aurait emmené la vierge. Le père Lorenzo avait simplement omis de nous préciser que le sanctuaire était perché en haut d’un col hors catégorie. Nous terminons tous à pied, le maillot à pois se jouera un autre jour. En haut, une lourde désillusion nous y attend: la police a refusé aux soeurs de nous héberger pour la nuit. Après une courte visite, nous prenons alors la direction de l’Ave Maria Hôtel, tenu également par des catholiques italiens.

Deuxième étape : Efes, peu de kms
La nuit nous ayant permis de retrouver nos jambes, nous partons découvrir les ruines de ce qui fut un des joyaux du monde gréco-romain et byzantin. Cette visite est l’occasion de rejouer dans le théâtre le passage des marchands de statues d’Artémis se révoltant contre l’influence grandissante de St Paul, ainsi que le célèbre concile de la Theotokos. Un détour par la basilique Saint Jean et déja le soir tombe. De retour chez nos hôtes italiens, la présence d’un homme ayant l’allure d’un agent turc infiltré nous inquiète. Nous découvrons qu’il s’agit d’un chrétien syrien réfugié qui tente depuis plusieurs mois de rejoindre sa femme en Suède avec ses 3 enfants. Cette nuit-là, Jacob le responsable de l’hôtel nous autorise à dormir dans le jardin de sa propre maison grâce aux negociations en italien des paulettes. Devant le confort spartiate du « jardin », une dalle de béton, il se ravise et nous installe finalement dans son salon.

Troisième étape : Efes – Kösk 80 kms
La route qui relie Selcuk à Kösk parcourt une plaine entourée de collines parsemées d’oliviers. Elle passe notamment par Aydin, une ville de 250 000 habitants. Pas d’autre choix que de suivre cette route « nationale » où le trafic est important. La route est plate, Paulettes et Paulettos sont en file indienne et expérimentent les bienfaits du peloton. Chacun à son tour, l’un de nous prend la tête et permet de réduire l’effort de ceux qui sont collés dans sa roue. L’esprit d’équipe n’est alors pas un vain mot et le compteur de vitesse monte en flèche. Nous commençons la longue épître aux Corinthiens qui nous fait réagir et nous fait toucher du doigt nos lacunes d’exégètes. Les kms défilent sur la plaine et nous arrivons à Kösk de bonne heure. Encore une fois, l’hospitalité turque nous impressionne: les deux premières personnes que nous croisons prennent le temps d’appeler leurs amis, de nous offrir de l’eau et des jus de fruit, et de nous conduire au lieu qu’ils nous ont trouvé pour la nuit. Il s’agit d’une sorte de bar associatif. Sur place, nous rencontrons Fikri, le propriétaire du lieu, qui nous offre le thé pour nous adouber. Un bar associatif turc n’a rien de commun avec un vulgaire PMU : les hommes n’y boivent que du thé et jouent tous au Okey, sorte de rummikube remasteurisé à la sauce ottomane. Nous comprenons que pour nous intégrer nous allons devoir apprendre à y jouer.

Quatrième étape : Kösk – Sarakoy
Nous reprenons la route plate et agrémentons notre longue étape de quelques figues gorgées de sucre. Nous arrivons tardivement à Sarakoy et nous mettons en quête d’un logement pour la nuit. Les Paulettos commencent leur prospection et se dirigent innocemment vers ce qu’ils croient être un syndicat d’initiative. On les emmène dans une salle où « quelqu’un parle anglais ». Quelle n’est pas leur surprise de se retrouver au milieu du conseil municipal, présidé par le maire. Arretons-nous quelques instants sur le maire: un homme rasé aux allures de légionnaire, avec un rubis imposant au majeur, un personnage tout droit sorti d’un Tarantino. Les paulettos, cuissards de cyclistes et t-shirts sales, sont interroges methodiquement sur leurs intentions. Les ayant trouvées à peu pres credibles, il autorise le groupe à camper pres de la piscine municipale, nous promettant des patrouilles de la police pendant la nuit. Parents, rassurez-vous, notre sécurité est entre de bonnes mains!

Cinquième étape : Sarakoy – Pamukkale, 25kms
Tous les efforts des jours précédents devaient être récompensés à Pamukkale. La perspective d’une douche nous met du baume au coeur et nous avalons rapidement les 25kms. Un camping nous accepte pour un prix dérisoire, et nous nous ressourçons pour un court moment auprès de la piscine. Mais déjà le groupe se dirige vers le site de Pamukkale, avec ses bassins creusés dans le calcaire blanc et ses sources chaudes. Foucauld, pour faire l’interessant, oublie ses lunettes de soleil et rejoue la scene du chemin de Damas devant la blancheur de la roche. Notre humour prend des allures pauliniennes inquietantes… Notre reading se fait dans un cadre de choix : les ruines d’Hierapolis, lieu du martyre de Saint Philippe. Devenus des pros, nous nous permettons une séance de relaxation musculaire dans les jaccuzis naturels du site, afin de remettre d’aplomb nos articulations endolories, devant le coucher de soleil.

Sixième étape : Pamukkale – Cardak, 80kms
Revigorés par notre cure thermale, nous entamons la journée par une session « cross and trekk ». C’est un vrai plaisir de quitter les grandes routes et de crapahuter en montagne. Comme en France, la vie des villages est rythmée par le marché hebdomadaire. Nous tombons sur l’un d’entre eux et notre gourmandise reprend le dessus : nous repartons les sacoches pleines de raisins secs et de clémentrons. L’après-midi est usante car nous enchainons les faux plats montants. Première frayeur pour le groupe lorsque Pauletto Gus ressent une vive douleur dans le genou et finit le trajet en car. Cet imprévu dans le peloton rebat toutes les cartes et Clémentine en profite pour lancer son attaque dans la montée. A l’arrivée, les autres sont distancés, et Clémentine prend la victoire d’étape et le maillot à pois ! A Cardak, nous rencontrons Osman, un turc francophone, qui nous invite à prendre un thé, prémice a toute discussion dans ce pays. Il nous laisse entre les mains de jeunes du village qui nous indiquent notre endroit pour camper. Nous passons la soirée à faire des selfies, à poker et liker les profils facebook de nos nouveaux amis. Bienvenue dans les rencontres 2.0 ! Pour canaliser la bande, Amélie utilise ses vieilles méthodes de cheftaine et organise un atelier dessin, qui contre toute attente fonctionne à merveilles sur ces jeunes de 17 ans !

Septième étape : Cardak – Burdur 85 km + 2 cols catégorie 3
C’est un peloton entier qui quitte Cardak le lendemain. 2 itinéraires s’offrent à nous pour cette journée : une longue et morne route plate de 110kms ou 85kms dans les montagnes. Qu’aurait fait Paul à notre place ? Se serait-il économisé sur des routes sans intérêt? Probablement pas! Nous partons donc à l’assaut des montagnes sous une bruine matinale, la première depuis le début de l’épopée. Très vite, la première difficulté de la journée se profile avec un col. Nous le montons et arrivés en haut, à bout de souffle, un ouvrier – qui travaille dans la carrière de marbre à flanc de colline – et son fils viennent à notre rencontre pour nous offrir un café chaud. Ce n’était rien qu’un café turc mais il nous a réchauffé le coeur, et dans nos âmes il brûle encore à la manière d’un feu de joie! Le temps se lève et la route est magnifique. Nous marquons une pause déjeuner dans un village rural et perdu. Les vieux sont tous occupés à jouer au Okey sur la place du village et ils nous proposent naturellement de nous joindre à eux. Alors le miracle a lieu : les paulettos gagnent sur les locaux ! Le talent sans génie est peu de choses, le génie sans talent n’est rien. L’après-midi débute dans des paysages de rêves, mais bien vite, le temps se couvre, le vent se lève, et les 20 derniers kms sont un lent supplice. Pire encore, le panneau d’entrée de la ville est en réalité à 10kms du centre, une véritable torture psychologique pour le peloton. Nous arrivons un peu abbattus dans cette ville sans charme, mais c’est le moment que choisit Pauletto fouc pour offrir le restaurant au groupe ! Le moral remonte en flèche et la première semaine de vélo s’achève !

7 réponses à Newsletter des Paulettos

  1. fx dit :

    bravo les paulettos ! quels grands écriclotouristes(cyclotouristes écrivain)

  2. Josée et Pascal dit :

    Bravo à toutes les 3 pour votre réussite de main de maître.
    Bravo aussi pour votre voyage, nous vous souhaitons de beaux kilomètres et une météo favorable pour votre périple. Nous vous suivrons depuis le confort de notre canapé. Bisous, bonne route et plein de bonnes choses pour vous toutes

  3. Jean-Louis Van Wymeersch La Viale dit :

    Super nouvelles ! Heureux de vous lire plein d’enthousiasme!
    On reste bien en communion avec vous. Jean-Louis (et toute la Viale)

  4. videment dit :

    Excellentes nouvelles …on sent que ça pédale fort ! Je me sens en étroite communion sur mon vélo à Bruxelles ou au cours de mes journées quand je plonge dans les écrits de saint Paul !
    Dites moi ce clémentron est aussi bon que la citine ?

  5. Et puisque les coachs spi pédalent bien devant pour vous soutenir, nous nous joignons à l’immense foule des sympathisants, sur terre et au ciel, de votre aventure… D’abord on imprime vos news, ensuite on vous met un message et après on savoure la lecture de vos news (la sagesse de savoir attendre les bonnes choses). Vous ne parlez pas a priori d’Ebola, mais de diplôme d’avocat, on préfère la dernière rime ! Amitiés, Elisabeth pour le Foyer

  6. Gonzague Jolly sj dit :

    C’est super le chemin parcouru, que la route soit agréable ou plus difficile dans les montagnes. C’est toujours une aventure, qui peut nous émerveiller et ouvrir vers de nouveaux horizons. Bon soleil et bon vent dans les voiles !

  7. P. Guy dit :

    Heureux les femmes et les hommes qui mettent leur foi en Dieu,
    des chemins s’ouvrent dans leur coeur et ils se décident à prendre la route.

    Jésus a rencontré Paul sur la route de Damas et c’est en voyageant de communauté en communauté que sa Foi a grandi et qu’il a écrit ses lettres, toujours en chemin.
    Jésus aussi allait toujours de l’avant pour annoncer la Bonne Nouvelle.
    Il est avec vous.
    P. Guy
    Le groupe Jorsala qui a marché de Belgique à Istanbul , 3.500kms, vient de revenir en Belgique.

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